Don du Sang

mercredi 25 mars 2020
par  Hervé Thomas
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Don du Sang

Un SMS laconique de l’Établissement Français du Sang parvient sur mon portable pour rappeler que pendant le confinement, les dons continuent, et surtout, qu’au-delà de l’épidémie, des milliers de malades, d’accidentés, de brûlés, d’enfants, en ont un besoin impératif pour continuer à vivre avec ou sans virus.

En France, la réglementation qui régit la pratique du don de sang repose sur trois valeurs essentielles : le volontariat, la gratuité et l’anonymat. S’il veut être éligible au rang de « donneur », un citoyen doit donc faire preuve d’altruisme, sans rien attendre en retour, une pratique qui ne répond plus vraiment à la sensibilité dominante de notre époque si on en juge par le nombre de donneurs qui stagne autour de 1,5 million. L’homme d’aujourd’hui est souvent en quête de reconnaissance, voire de gratifications narcissiques, préférant accumuler les likes sur son écran, et il ne va pas forcément de soi de « donner de soi », de consacrer son énergie et son temps à une cause aussi impersonnelle. Nos contemporains agissent plutôt par « coup de cœur » en donnant pour ce qui les touche, sans qu’on vienne leur « faire la morale ». Le philosophe Gilles Lipovestky annonçait, dès les années 1990, l’avènement d’une « éthique indolore » où la générosité s’exprime de façon spectaculaire, autour de l’émotion suscitée par des émissions caritatives, des reportages bouleversants, de catastrophes ou d’attentats.

Dès que j’ai eu l’âge requis et pour avoir vu mes parents le faire avec application, j’ai toujours donné mon sang, d’abord dans l’entreprise qui mettait des moyens à disposition en organisant régulièrement la venue du camion de prélèvement, et en octroyant même aux cheminots volontaires une demi-journée de congés, puis en continuant après en alternant avec les autres variantes de dons possibles, telles que plasma ou plaquette. C’est devenu au fil du temps un moment de plaisir, une sorte de rite où on se retrouve en famille sans se connaître, mais en se reconnaissant.

Alors sans hésiter bien longtemps, remplir son « attestation de déplacement dérogatoire » en cochant la case ad hoc, prendre sa carte de donneur, et descendre vers la rue de la République sous un magnifique soleil et dans une Marseille désertée.

Il faut dire que le don d’aujourd’hui, en ces temps de confinement, n’est pas un don comme les autres et porte en lui une forte charge symbolique, une sorte de transmission vitale avec plus que jamais le sentiment que cet acte constitue un élément essentiel du vivre-ensemble. Il n’a pas de sexe, pas de religion, pas d’origine avec pour seul objectif de rassembler et fédérer des femmes et des hommes animés par la seule volonté de venir en aide à plus faibles qu’eux.

Mes deux infirmières préférées sont là et bien là, Vanessa la gouailleuse avec qui nous échangeons nos dernières (mais pas ultimes !) expériences de randonnées en montagne, et Corinne aux longues et élégantes dreadlocks, plus discrète mais tellement présente, toutes deux aussi radieuses malgré leurs masques, et toujours aussi habiles à manier l’aiguille.

Se dire à bientôt sans se faire la bise et passer dans la salle de repos, où attablée dans le vestibule, une jolie dame aux cheveux argentés fait remarquer malicieuse, que l’Établissement Français du Sang reste aujourd’hui le dernier café ouvert à Marseille.

En sortant, trois générations de femmes algériennes, fille, mère et grand-mère, attendent leur tour pour faire de même et contribuer au bien commun que représente le don du sang.

(1) Lipovetsky G., Le crépuscule du devoir. L’éthique indolore des nouveaux temps démocratiques, Gallimard, NRF Essais, Paris, 1992.

Hervé Thomas – 25 mars 2020.


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