Jour -1 avant déconfinement

dimanche 10 mai 2020
par  Hervé Thomas
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Jour -1 avant déconfinement

Je me suis demandé, très tard, samedi, ce qui les avait empêchés de nous déconfiner ce week-end. Un long week-end, qui plus est. Trois jours pour se retrouver tranquillement, se raconter, se regarder dans les yeux, se sourire, oui, sans masque, à un mètre de distance. Echanger nos présences vibrantes et chaleureuses. Oui, à un mètre pour se parler et se regarder dans les yeux et pas dans une caméra.

Et pourquoi pas un peu moins d’un mètre, pour se donner une ou deux accolades, je sais, c’est interdit mais quoi, se serrer dans les bras… A travers les vêtements. Sentir la chaleur de l’autre, l’étreinte qui a manqué pendant deux mois, le corps, le vrai. Fort ou léger, costaud ou vulnérable, mais le corps vivant qui nous est donné pour les quelques années « ici bas ». Des corps encore en bonne santé. Le vérifier physiquement pour se rassurer. Se serrer, lover dans ses bras, juste pour un câlin de quelques secondes… Statistiquement, on ne risque pas tant, et vivre sans contact est beaucoup plus mortifère.

Qu’est-ce qui les a poussés à nous retirer ce plaisir là ? Et à nous renvoyer lundi, à sec, à l’école, au métro ou au boulot. Ou à la recherche de boulot.

Ce qui les a empêché de nous accorder ce week-end de liberté, c’est leur détestation de notre liberté. Ce n’est pas la peur de l’engorgement des urgences qu’ils ont passé des décennies à stranguler, c’est leur mépris de notre bonheur facile, leur sainte horreur de notre multitude. Leur volonté de nous remettre rapidement au pas de la manière la plus humiliante. Histoire que plus une tête ne dépasse.

Eux. Ceux de ce petit monde entretissé de grands financiers, grands industriels et petits préfets parisiens, de ministres branleurs et chefs d’entreprises manipulateurs, plus quelques dealers de coke ou call girls… ah, j’oubliais quelques journalistes aussi. Nous priver d’un premier week-end de retrouvailles, nous, les foules sentimentales.

Le virus m’inquiète moins que leur absence totale de vergogne et de respect. Leur mépris de classe mielleux et sournois, mais parfaitement efficace et destructeur.

Il y a dans les jardins que je désherbe, une foison de Gaillet gratteron, une liane faible mais pleine de sève et de petits crochets agaçants, qui se collent aux pantalons et à toutes les autres plantes. Ainsi agrippée, elle escalade tous les végétaux et forme des réseaux, des tissages légers mais denses, qui finissent par prendre énormément de place, et s’entrelacent partout. Au plein du printemps, on ne voit presque plus les plantes d’origine, on ne voit que ces lacis enchevêtrés et bien structurés par les crochets, qui continuent de progresser dés que possible.

Les arracher n’est pas difficile, la plante a peu de racines, elle vit sur l’espace des autres, se sert de leur force verticale. Il suffit donc de prendre à pleines mains le haut d’un de ces filets et de tirer verticalement. Le réseau suit.

Bien sûr, faire ce désherbage est toujours un peu inquiétant, parce que toutes les autres plantes sont immédiatement désordonnées, décontenancées, livrées à elles-mêmes, un peu griffées par le passage des petits crochets pendant l’arrachage. L’on peut alors se demander si les plantes qu’on veut libérer pourront se remettre de l’opération, si leurs têtes affaiblies par des semaines de parasitage ne vont pas ployer et s’écraser sur elles mêmes, si on n’est pas en train de tout détruire en voulant arracher les inutiles. Mais non, le lendemain, vous verrez, la diversité se manifeste, chaque végétal retrouve un espace confortable, cherche de nouveau la lumière par ses propres forces, va retrouver ses voisines sans intermédiaire, et toutes vont vivre en harmonie et refaire société végétale.

Nous, la foule sentimentale et productive, nous pourrions vivre sans leur monde entretissé de flics et de traders, de banquiers et de ministres. Bon sang, aurons-nous demain le courage de tirer la première poignée de gratteron ?

Marie Louvie.


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