Le gabian, le corbeau et la pie

lundi 13 avril 2020
par  Hervé Thomas
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Le gabian, le corbeau et la pie

Rue Aviateur Le Brix, vers 17 h 30, les nuisances des voitures restent importantes dans cette rue excentrée de Marseille : leur fréquence est sans doute divisée par 3 ou 4 par rapport au temps d’avant le confinement, mais du coup, elles roulent plus vite, puent et font du bruit : ce bruit de fond de la ville a certes baissé, mais n’a pas cessé par ici et quand on est confiné, on devient plus exigeant.

Du soleil encore, mais déjà celui du soir, pas de piéton en vue en dehors de la rédactrice ; les poubelles ramassées désormais 3 fois par semaine, sont quelque peu chamboulées : 3 oiseaux ont décidé d’y trouver leur repas : ils profitent de la rareté des humains et prennent leur temps.

- un magnifique goéland, de bonne taille, blanc éclatant, élégance et bec jaune imposant,
- un corbeau noir de la queue jusqu’au bout du bec, comme il se doit : à Paris, j’ai souvent remarqué leur présence en nombre, mais à Marseille, j’en ai rarement vus dans les rues. Un effet du confinement ? à voir…,
- et enfin une pie noire et blanche, couleurs vives et tranchées, longue queue… de pie bien entendu !

3 oiseaux dans cet ordre et pas un autre, préséance oblige, le corbeau ne fait vraiment pas le poids avec le goéland, la pie a jaugé depuis longtemps qu’à moins, d’un coup de chance, elle sera la dernière servie.

Manifestement, les 3 ont bien intégré les gestes barrières : 1 m 50 règlementaire entre chaque oiseau et une surveillance fréquente pour dissuader tout nouvel intrus de courcircuiter la ligne.

Sa majesté le goéland déchiquète le sac poubelle au bon endroit pour y trouver un reste de viande : si j’étais lui, j’aimerais mieux plonger dans la belle eau bleue Méditerranée, peut-être pour choper un poisson frétillant et au moins pour l’odeur de la mer, sa fraicheur salée, la transparence de l’eau, mais pas de doute, ceux-là ont entendu les recommandations : baignade interdite. Pas grave ! les poubelles des humains sont plus accessibles en ce moment. Ils en profitent.

Les goélands sont des chenapans ! Demandez aux pêcheurs ! Et il me souvient de ce saucisson entier, laissé 2 minutes sur la table d’un balcon de la tour, par une de nos voisines, avant un repas ensoleillé. Un plongeon presqu’en piqué sur l’aubaine et le vol et le produit du vol furent consommés dans tous les sens des termes. Notre voisine n’avait rien vu et nous avons soutenu le voleur avec l’aplomb des enfants mentant aux gendarmes pendant un spectacle de Guignol.

On dit les pies voleuses, c’est bien connu : non seulement elles aiment ce qui se mange, mais aussi ce qui brille. Celle-ci pourtant attend son tour en sautillant sur place.

Mais le corbeau ? Depuis François Villon, lui aussi a mauvaise presse. Certes, celui de La Fontaine était un peu nunuche, mais quand même, son fromage, il l’avait bien pris quelque part n’est-ce pas.

L’alliance des 3 compères, un peu cocasse, a fini par trouver que je me rapprochais trop : « et les gestes barrières ma bonne dame, c’est pour les chiens ? » ai-je cru entendre dans le froufrou de leurs trois envols ; décidément, l’effet répétitif du message me mange le cerveau.

Il n’y a pas de fable, pas de morale, juste une scène inhabituelle, dans une ambiance inhabituelle.

Christine Mead.


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