Les Mots Bleus

samedi 18 avril 2020
par  Hervé Thomas
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Les Mots Bleus

Je me souviens encore de la pochette de mon premier 45 tours, cet été de l’année 1965 qui fut d’ailleurs mon dernier été marseillais, avant un long exil en banlieue parisienne au pays du froid, des pantalons longs et de l’accent pointu.

Sur la pochette du disque figurait un blondinet qui nous semblait exotique, nous les minots qui avions tous dans notre rue le poil noir et les yeux charbon, à l’exception de Michèle, notre déesse blonde aux yeux bleus et seule fille de la bande, Michèle, la nièce de Tonton Loule, le tenancier du bar de l’Ascenseur tout en haut de la rue Dragon, en dessous du funiculaire qui menait à la Bonne Mère.

Le bar de l’Ascenseur était le lieu de rencontre du quartier. C’est là que s’y organisait les lotos et les tombolas pour Noël et qu’on y jouait aux cartes toute l’année avec des jetons en bois de plusieurs couleurs. Mon père en étant un des fidèles piliers et grand amateur de boissons anisées, j’avais plus que d’autres enfants du quartier le privilège d’aller le chercher quand il avait oublié de rentrer, gratifié au passage par Tonton Loule d’une grenadine que je dégustais en cumulant davantage encore le retard déjà pris par mon père.

Du balcon du premier étage qui donnait juste en face du bar de Tonton Loule, je m‘amusais à deviner la marque des quelques rares voitures qui daignaient passer dans cette rue en impasse, ou bien j’observais le ballet des clients de l’épicerie de Monsieur Rosselo, avec sa longue blouse bleue et son crayon derrière l’oreille qui ponctuait invariablement l’ouverture de son tiroir caisse après le passage de chaque client par un : « et voilà l’affaire ! ».

Le blondinet de la pochette chantait Aline, le tube de cet été 1965, et nous rêvions tous de posséder la même chemise « en madras » qu’arborait ce fameux Christophe, un tissu alors inconnu de nous dans ce quartier de Marseille.

À peine trois années plus tard, lors d’un de mes retours au quartier pour les vacances d’été, l’Ascenseur avait définitivement fermé ses portes, victime de la rentabilité et de la voiture, et la belle Michèle encore adolescente, s’était faite engrosser par un inconnu et avait disparu de la circulation après « régularisation de sa situation ».

Après l’embellie de Mai 1968 et le retour de l’ordre moral, Prague était matée cet été là par le Grand Frère et la vraie vie pouvait commencer…

Hervé Thomas.


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