Les Orphelins du Choléra

dimanche 12 avril 2020
par  Hervé Thomas
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Les Orphelins du Choléra

Alors même que cette nuit aurait pu être une nuit aux autres pareilles, l’incroyable s’est pourtant produit ! Un gros iris a fleuri sur mon balcon, un iris qui était encore hier en bouton et qui ce matin se prélassait épanoui au soleil. Il faut dire que cet iris n’est pas n’importe quel iris et comme la plupart de mes plantes qui proviennent de chemins de lisières, de terrains vagues ou de friches douteuses, celui-là a été pieusement prélevé dans la terre de l’ancien îlot Chanterelle, en bordure du boulevard Flammarion, avant que les pelleteuses des promoteurs fassent table rase de tout, avec la bénédiction de la municipalité, là où se dressait l’orphelinat du choléra.

C’est que l’histoire a parfois la fâcheuse manie de bégayer, jugez-en vous-mêmes : à la fin de l’année 1834, suite aux débordements du Jarret et de l’Huveaune, une épidémie de choléra frappe Marseille et fait près de 3.500 morts à Marseille. Monseigneur de Mazenod, tel un scout « toujours prêt » à monter à lassaut du ciel, demande alors à des dames de la haute société de l’assister pour secourir les orphelines pauvres ayant perdu leurs parents pendant l’épidémie, et confie à l’abbé Fissiaux la direction de l’œuvre.

C’est ainsi que naît l’institution La Chanterelle surnommée l’orphelinat du choléra, reconnue d’utilité publique en 1872, qui se vit confier par la suite l’hébergement d’enfants en danger moral ou physique. Et voilà qu’en 2004, lasses de ce monde décidément ingrat, les Dames de la Providence cèdent le site à la ville sous condition de l’utiliser exclusivement à des fins socio-éducatives.

Mais fi des vœux pieux des Dames de la Providence qui cette fois ne les a pas écoutées, Jean-Claude Gaudin et sa municipalité, sans doute inspirés par les anges du profit et de la cupidité, foulent aux pieds la volonté des sœurs, et après avoir rasé les bâtiments et coupé tous les arbres (caroubiers, cèdres du Liban, eucalyptus, micocouliers) des 1,4 hectares de l’îlot, et malgré l’opposition des habitants, de certains élus et des associations du quartier, cèdent le terrain au promoteur Eiffage Immobilier qui y construit un ensemble immobilier privé de plus. Les voies du Seigneur sont impénétrables : à la place des activités socio-éducatives voulues par les Sœurs, des milliers de mètres cubes de béton ont remplacé les arbres centenaires.

L’îlot Chanterelle était le dernier poumon vert du 1er arrondissement mais il reste encore sur un balcon un iris qui fleurit cette année et qui se veut la mémoire vivante de ce lieu.

Hervé Thomas.


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