Mon Voisin Éric

dimanche 22 mars 2020
par  Hervé Thomas
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Mon Voisin Éric

Je partage le palier de mon immeuble avec Éric (pour les besoins de la chronique, le prénom n’a volontairement pas été changé !) . Pour bien se figurer les lieux, en sortant de chez moi on trouve à gauche une porte donnant accès à l’escalier et au compteur d’eau (merci Veolia), puis juste en face, un ascenseur peint en rouge bordeaux (cuvée 1998 date de construction de l’immeuble), et à droite la porte de mon voisin Éric.

Mon voisin Éric n’habite pas sur place, mais a transformé son appartement de deux pièces en bureau : il faut dire qu’il exerce l’étrange profession d’ « économiste de la construction ». Kezako un métier pareil ? Quand je regarde dans Wikipédia, j’en trouve la définition suivante : « L’économiste de la construction doit déterminer le prix de revient total d’une construction. Aidé d’outils informatiques, il calcule les quantités de béton, les superficies des charpentes, le nombre de personnes à employer et leur coût. Il peut aider le maître d’ouvrage à comparer les propositions des entreprises qui ont répondu à l’appel d’offres. Il supervise l’évolution des travaux pour vérifier que le budget est bien respecté. Le terme d’économiste en construction est apparu pour la première fois en 1965 au Québec. »

Je lui préfère l’appellation initiale donnée sous l’Ancien Régime (avant Macron et même avant 1789), quand il était appelé « toiseur », puis « métreur-vérificateur » à partir de 1840, date de la mise en place définitive du mètre sur l’ensemble du territoire français.

Sur les murs de son bureau appartement, des plans, encore des plans affichés partout, des maquettes, des outils jonchant le sol, des écrans d’ordinateur avec de drôles de logiciels, tout un univers inconnu, mais là n’est pas mon propos.

Depuis lundi 16 mars à midi, les chantiers se sont figés et Éric n’a plus de travail. On se croisait et on se saluait civilement depuis des années et puis hier, il m’a demandé de lui donner un cours de guitare. J’ignorais que les économistes de la construction jouaient aussi de la guitare, et sitôt dit sitôt fait. À quatorze heures, je me suis installé sur le palier avec ma guitare, mon pupitre et tous les accessoires, Éric a ouvert la porte de son bureau et a fait de même à distance réglementaire.

Deux heures ou plus sont ainsi passées pendant lesquelles chants et accords ont résonné dans l’immeuble, et où nous avons déterminé pour les jours à venir et tant qu’il aura le droit de se déplacer, un certain nombre de morceaux de musique à travailler ensemble.

Une tranche d’âge plus ou moins commune qui fait qu’on a vibré dans les années 70 (du siècle précédent) autour des mêmes musiques tout en fumant le même type de tabac un peu « amélioré » nous a conduit à retenir deux morceaux de Neil Young tirés de l’album Harvest, un des Beatles figurant dans le cultissime double blanc, et deux de Maxime Le Forestier à ses tous débuts avec sa p’tite gueule d’apôtre en blouson de jean. Chacun est reparti avec une bonne dose de bonheur d’avoir pu voler ce temps à celui du travail.

Mon voisin Éric était pour moi le voisin qui a son bureau sur mon palier, un voisin poli et pas gênant qui fait un boulot bizarre, mais aujourd’hui j’ai gagné ma journée : l’économiste de la construction est devenu simplement Éric. Demain, le palier résonnera à nouveau de nos cordes mêlées.

Hervé Thomas.


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