L’ART DE LA SIESTE de Thierry PAQUOT, présenté par José Rose
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Thierry Paquot, L’art de la sieste, Editions de l’Atelier, 2026, 12 euros.
Et si, en ces jours de rentrée, on prolongeait quelques plaisirs estivaux ? Si, avant la frénésie de l’activité, on faisait une petite sieste ? C’est l’appel de Thierry Paquot, dont on réédite le petit livre : 124 pages de 24 lignes de 45 caractères environ soit environ 130 000 signes, c’est bien peu, même avec les 20 pages de bibliographie, au regard des milliers de pages qui nous tombent dessus en cette rentrée littéraire !
Eloge donc de la sieste, ce moment d’abandon, de détente, ce bienfait qui rendra « à nouveau disponible au monde », cette sieste aux multiples couleurs qui « se pratique de mille et une façons, cette « halte, brève et dense qui remet nos compteurs à zéro. Et nous voilà détendus, prêts à redémarrer, disponibles », ce « temps pour soi avec soi. Sans aucune contrainte. Sans pesanteur. Sans mauvaise conscience. Oui, la sieste est une bénédiction, un appel d’air, une vague qui gonfle et vous porte sans jamais vous noyer, un lointain aux perspectives toujours ouvertes et joyeuses ».
Ce livre est aussi une balade dans la peinture, c’est fou le nombre de tableaux qui évoquent la sieste, dans les romans qui évoquent souvent ce sujet et dans les essais de sciences sociales plutôt discrets à cet égard.
Défilent ainsi La sieste pendant la saison des foins de Courbet, La sieste convalescence de Vuillard, La sieste ou la méridienne de Millet, La sieste de Desnos, tandis que plane l’ombre d’Alexandre le bienheureux.
Il est également émaillé d’anecdotes, de traits d’érudition (vous saurez tout sur la sixième heure et l’origine du démon de midi) et de souvenirs personnels gourmands tout en abordant des questions de fond, principalement celle du temps, celui du travail et la quotidienneté, « ce bien si précieux » qui a inspiré nombre de philosophes (Bergson, Groz, Illich, Bachelard).
Enfin, il est question d’économie et de politique, de critique du « capitalisme industriel discipliné » et de « sieste résistante ». « L’usage du temps est crucial, décisif, écrit Paquot. C’est pourquoi la sieste est un acte de résistance, une prise de position, une politique ». C’est aussi un facteur d’émancipation car « la sieste apparait comme un temps véritablement libre, qui n’appartient qu’au siesteur. C’est un moment, plus ou moins long, de mise-en-présence-avec-soi par l’absence, momentanée, d’avec le monde. Cette pause, cette parenthèse temporaire, ce retrait éphémère abrite la réunion, la réunification, la reconstitution provisoire de notre personnalité éclatée, divisée, éparpillée ». « Un temps pour rien ? Mais ce « rien » est béni. Et ce temps possède une « valeur », mais aucun prix ».
Bref, un livre à déguster lors de sa prochaine sieste avant de s’endormir un instant et de se réveiller plein d’entrain !