Le livre du mois : "Autogestion générale, Sortir du capitalisme : méthode" de Guillaume Etienvant, présenté par José Rose

mercredi 1er juillet 2026
par  MarsAttac13
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Guillaume Etienvant, « Autogestion » générale, Sortir du capitalisme : « méthode », Les liens qui libèrent

L’autogestion, ça vous dit quelque chose ? Les LIP, le PSU, Tito, ça ne vous rappelle rien ? Et « se désintoxiquer du capitalisme » ? Vous êtes partants ? Sortir de l’impasse, partants aussi ? Mais comment y parvenir ? Par « la socialisation progressive » : telle est la réponse de ce livre écrit par un acteur engagé, ayant longtemps été expert économique auprès des syndicats et aussi soucieux d’intervenir dans le débat public, via notamment la revue Frustrations Magazine.

L’introduction récapitule les principales critiques du capitalisme – on sent qu’il en garde sous la pédale – et met en avant « le travail invisibilisé ». Opposé au dilemme– « partager la richesse ou abolir l’ordre social ? », il met l’accent sur les rapports de travail à l’origine de « la majorité des mécanismes d’oppression moderne ». « C’est par l’émancipation au travail que l’on peut espérer une société réellement démocratique » affirme-t-il avant de formuler une ambition simple : « que dans les entreprises, ceux qui travaillent soient ceux qui décident. Tout commence là ». En effet.

S’en suit une balade historique sur « les chemins de l’autogestion ». Avec poses édifiantes à Turin lors des grandes mobilisations du Biennio Rosso de 1919 analysées par Gramsci, à Barcelone en 1936 avec le grand mouvement de lutte contre le fascisme mais aussi de libération des salariés du capitalisme, en Algérie dans ce bref débuts de l’indépendance où s’expérimentent des formes d’autogestion, au Chili d’Allende où se conjuguent de grandes décisions structurelles et une auto-organisation ouvrière, en France avec ces épisodes éphémères de la Commune et du Front populaire, et ailleurs, avec ces « périodes autogestionnaires de la révolution russe, du maoïsme et de la Yougoslavie », noyées dans leurs dérives totalitaires.

Et le diagnostic tombe. « Ces révolutions rappellent que c’est d’abord dans les lieux de travail que peut s’opérer la rupture avec l’ordre social. Or toutes les institutions mises en place en France après-guerre (droits syndicaux, comités d’entreprise, etc.) ont précisément eu pour effet de pacifier les relations de travail et de neutraliser leur potentiel révolutionnaire ». De quoi discuter dans les chaumières progressistes ! Et il insiste : « sans transformation radicale de l’organisation du travail, sans prise de pouvoir concrète par celles et ceux qui produisent la richesse, aucun projet politique aussi progressiste soit-il, ne pourra véritablement tenir sa promesse d’émancipation ».

Après avoir exploré « les modèles de socialisation légale et progressive des entreprises » et montré leur intérêt et leurs limites, il ouvre une deuxième partie explorant des « pistes contemporaines pour réinventer la propriété d’entreprise ». Et l’on retrouve, toujours sous ce regard attentif et critique, les auteurs français qui ont récemment abordé ces questions : François Morin, Isabelle Ferreras, Thomas Pecketty, Bernard Friot, Emmanuel Dockès. Occasion de s’interroger sur le partage de pouvoir, l’actionnariat, la démocratie et la propriété.

La troisième partie esquisse un modèle alternatif, celui de l’autogestion générale. L’auteur propose de « penser l’objectif de sortie du capitalisme comme un double mouvement. D’abord, il s’agit de réhabiliter la revendication autogestionnaire au sein des luttes syndicales » et, « en parallèle, de définir les voies d’une socialisation progressive des entreprises ». Cela suppose un regard critique sur les dernières décennies et le tournant des années 1980 au cours duquel, « au lieu de constituer un levier d’émancipation sociale, l’intervention publique s’est muée en simple outil de stabilisation du capitalisme ». « Quant aux propositions des partis de gauche aujourd’hui, elles visent en général à protéger et renforcer le droit du travail, mais pas à en faire l’outil d’un véritable renversement ». Ça gronde dans les chaumières !

Réfléchissant ensuite au statut des entreprises autogérées (Sapo, Scoc, Scic) et aux luttes ouvrières (Lip, Scop-Ti), il en arrive à la conclusion qu’il faut tout à la fois réformer la gouvernance des entreprises et la propriété, ce qui suppose la socialisation du capital, « la création d’actions inaliénables accordées aux salariés, non cessibles et sans droit à dividende », « une partie du capital étant transformée en actions de travail » donnant uniquement un droit de vote sur les grandes orientations de l’entreprise. Quant à la démocratie dans l’entreprise, elle ne peut se réduire au simple exercice du droit de vote mais doit aussi assurer « l’accès équitable à l’information, une participation active aux décisions stratégiques ainsi qu’une répartition effective du pouvoir au sein des entreprises ».

Et l’auteur termine par des réflexions stimulantes sur la mondialisation, l’Europe, l’écologie, avant d’affirmer qu’il « y a toujours un espace infime entre le discours idéaliste creux et la résignation et je me suis efforcé de m’y glisser ». Nous pourrions le suivre avec le même souci d’articuler perspectives de réflexion et d’action, et de porter un regard critique bienveillant à l’égard de tout ce qui se pense et s’expérimente aujourd’hui sur ce sujet de l’autogestion qui pourrait bien revenir à l’ordre du jour.

José Rose

  • Guillaume Etienvant, « Autogestion générale, Sortir du capitalisme : méthode », Les liens qui libèrent, 17 euros.

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