Le livre du mois : "L’âme noire de la démocratie, Manifeste pour un autre idéal politique" de Geoffroy de la Gasnerie, présenté par José Rose

lundi 20 avril 2026
par  MarsAttac13
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  • Le livre du mois : "L’âme noire de la démocratie, Manifeste pour un autre idéal politique" de Geoffroy de la Gasnerie, présenté par José Rose

Vous aimez les horizons ouverts et les aubes embrumées, vous n’hésitez pas à discuter les dogmes, vous ne détestez pas être déstabilisé dans vos certitudes, vous ne craignez pas les breuvages un peu forts, alors lancez vous dans la lecture de cet essai écrit sous l’égide du « droit fondamental à l’imagination politique ».

Commencez par clamer à haute voix les premières pages – « Qui n’a jamais éprouvé le sentiment politique d’étouffer » - en compagnie, militante de préférence. Puis prenez un crayon et avancez au rythme vigoureux des formules et des questions posées par l’auteur. Ne cherchez pas des réponses calibrées. Laissez-vous bousculer, descendez en apnée, accrochez-vous à quelque branche plus vigoureuse et avancez jusqu’au dernier mot : Enfin !

De quoi s’agit-il ? Rien moins que la remise en cause de la démocratie comme fondement de nos sociétés. Et au nom du progressisme qui plus est. Au départ, il y a la démocratie comme « participation collective à un processus d’action et de délibération », comme « signifiant indépassable ». Puis, il y a la réalité de son fonctionnement, les pouvoirs violents, les contre-vérités, la résignation. Enfin, il y a la réflexion critique sur cette notion. Défilent alors les grands auteurs qui tous se réfèrent à la démocratie, mais aussi les maux des démocraties libérales qui font souvent fi des valeurs de justice, d’égalité, de protection des minorités, de décence minimale dans le traitement des personnes. Et voici qu’il faudrait lever le tabou, envisager d’autres valeurs qui « pourraient gouverner la production d’une atmosphère politique plus libre, plus juste, plus rationnelle – en un mot, plus respirable ».

Que faire alors ? Et que dire ? Tel est l’objet de ce manifeste. D’abord, relire Thoreau et réfléchir à cette idée que « rien ne nous garantit que les formes démocratiques de la prise de décision aboutissent à des résultats justes ». Ensuite s’attaquer au « relativisme des opinions, s’éloigner d’une vision purement procédurale – le vote, la majorité – de la politique et réfléchir sur les finalités. Enfin, « échafauder une nouvelle pensée de la légitimité », qui se situerait non dans le processus démocratique mais dans ses effets pratiques, non « ex ante et formelle, mais ex post et substantielle » qui mettrait en avant la destination de la loi, « ses effets concrets sur les corps, sur le monde social, sur l’environnement, sur les libertés individuelles » et qui trouverait sa légitimité dans le fait qu’elle est « plus juste, plus humaine, plus rationnelle ».

Emerge alors une « logique vitaliste » alternative qui jugerait illégitime toute loi qui ne satisferait pas aux critères de « protection des forces de la vie et des corps contre la mort prématurée, la mutilation, la prédation, la pollution. ». Et la question de tout sujet politique ne serait plus « ai-je l’assentiment de la majorité ? » mais « quel impact mes décisions auront sur la vie des autres ? ». Et pour répondre à cela, il faudrait d’abord prendre en compte les acquis de la connaissance mais aussi se référer au droit et aux réflexions éthiques pour développer « une approche où se nouerait une alliance entre science, morale et politique ».

On pourrait ainsi « contraindre les discours politiques à une certaine norme de vérité ou au moins une norme de véridiction » et ne pas se référer à l’opinion et à l’expression. Comme il y a un conseil constitutionnel, on pourrait imaginer un conseil scientifique qui censurerait les lois au nom de la recherche. Et pourquoi pas un conseil éthique qui en ferait de même au nom de valeurs humaines supérieures. Le tout encadrant le pouvoir étatique.

C’est ici que les dispositifs d’assemblées citoyennes prendraient toute leur valeur. Et l’on a déjà des exemples qui montrent que les opinions changent quand elles sont informées et travaillées, qu’elles s’éloignent des « opinions » spontanées et formatées pour se rapprocher, qui plus est, dans une direction progressiste. Et c’est plus satisfaisant que ces débats parlementaires « structurellement empêchés de fonctionner comme des lieux d’apprentissage et de réflexion » et qui sont plus des « temples de l’inertie » que des lieux novateurs.

Et ainsi de suite. Ca bouscule, je vous ai averti, et on a souvent envie de résister, de trouver que ce n’est pas le moment de déstabiliser la démocratie car elle est, comme on dit, « le pire système à l’exception de tous les autres ». Mais on poursuit la lecture et on va de questions décalées - « à quel pouvoir je préfère obéir si je suis en désaccord avec lui ? » - en formules choc – « le fantasme d’autogouvernement » - et en pistes nouvelles : « faire émerger des législations qui ne coïncident pas nécessairement avec l’opinion majoritaire au nom d’impératifs de rationalité ».

Bien sûr, on voit venir les critiques, les soupçons d’antiparlementarisme, d’antiétatisme, de pouvoir excessif de scientifiques non élus, les reproches d’utopisme, de naïveté et de surestimation de la rationalité. Tant pis car, au moins, ce manifeste ouvre les alvéoles et excite les neurones. Mieux respirer, mieux penser, imaginer, discuter…Nous avons vraiment besoin de cela dans ces temps sombres.

José Rose

  • Geoffroy de la Gasnerie, L’âme noire de la démocratie, Manifeste pour un autre idéal politique, Flammarion, Nouvel avenir, 2026, 14,5 euros.

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