Le livre du mois : "La bataille culturelle" de Blanche Sabbah, présenté par José Rose

mercredi 11 mars 2026
par  MarsAttac13
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Le livre du mois : "La bataille culturelle" de Blanche Sabbah, présenté par José Rose

Dans une bataille, il faut des adversaires, des munitions et une volonté. L’autrice, à l’évidence, a tout ce qu’il faut pour la conduire, désignant clairement la cible (« le fascisme »), utilisant les armes des mots et du dessin, et ayant une ligne claire - « offrir des pistes concrètes et accessibles d’action » - et une conviction, celle que « la fiction est créatrice de réalité » et qu’« il ne tient qu’à nous de choisir les fabulations qui font advenir des mondes plus libres ».

Dès l’introduction - « Que peut l’art face à la menace du fascisme ? » - l’autrice annonce la couleur. « Je revendique les termes de bataille culturelle c’est-à-dire « tout ce qui permet de construire un discours dissident de l’idéologie conservatrice hégémonique » et qui recouvre l’art, le discours médiatique, la désobéissance civile, la sensibilisation, la pédagogie et le travail associatif.

L’argumentaire se développe en cinq étapes dont les titres parlent d’eux-mêmes et qui sont accompagnés chacun d’une petite histoire dessinée et de nombreux exemples concrets et de références de lecture.

« Informer ne suffit pas, il faut convaincre. Pour une culture des récits ». « Nous avons largement dépassé le stade du constat du problème, écrit-elle, il est temps d’aller plus loin et de penser des chemins de traverse, des alternatives ». Pour sortir du paradoxe entre « un savoir partagé et une absence quasi-totale de réaction », il faut « proposer un contre-récit », « raconter la vérité autrement », au moyen du récit, de l’émotion, de l’empathie, du beau, du langage, de l’argument compréhensible.

« La joie militante n’est pas une naïveté. Pour une culture de la joie ». Il est de bon ton aujourd’hui de se méfier de la joie, souvent identifiée à un détournement des luttes. Il est donc « urgent de réinvestir le bonheur et érotiser nos futurs ». Et aussi d’engranger les victoires institutionnelles - entrée de l’IVG dans la constitution, union des gauches en 2024 - car se réjouir entretient une espérance partagée et donne envie de se battre. Reste à trouver des formes d’action joyeuses, à l’image des manifestations pour le mariage pour tous ou contre la réforme des retraites.

« Arrêtez de voter pour les harkonnen. Pour une culture du débat ». L’autrice en appelle à en finir avec la complaisance à l’égard du discours d’extrême droite, à nommer le racisme, à ne plus tolérer certains propos, à ne pas avoir peur de la dispute, à « crier haut et fort ce que nous refusons ».

« Être du côté des persécuté.es. Pour une culture des convergences ». Dans ce chapitre, il est question d’antisémitisme, d’antiféminisme, de rejet des différents de soi, car « nous avons besoin de nous attabler avec des gens qui ne sont pas identiques avec nous, mais qui nous sont semblables ».

« Construire une éthique féministe. Pour une culture du consentement ». « S’il y a un domaine où le progressisme est en train de remporter une victoire écrasante en termes de bataille culturelle, c’est bien le féminisme », dit-elle d’emblée. Et « les piètres tentatives de récupération du discours féministe à des fins racistes du RN sont désavouées ». « En adoptant un point de vue intersectionnel inspiré de la lutte pour l’égalité des genres, nous nous approchons d’une vision du monde non seulement moins égoïste mais aussi moins triste ».

La conclusion en appelle à rompre avec le fatalisme et à militer car « agir, c’est reprendre du pouvoir sur un quotidien qui nous échappe et sur une réalité qui nous dépasse ». A vos banderoles !

Le tout est très documenté, agréable à lire et à regarder avec des BD plaisantes et très signifiantes. Comme en page 48, avec cette série de bulles flottant dans l’espace vide d’une page exprimant une rumeur sans personnage et déclinant les poncifs associés à la moindre bonne nouvelle : « je ne partage pas ton optimisme ; c’est du vent, ça changera rien ; si c’est pas elle ce sera un autre ; lui est condamné mais combien sont impunis ? ; j’y crois pas ; les choses ne changeront jamais ».

C’est aussi un livre à discuter, par exemple sur le poids peut-être excessif accordé aux histoires dans la transformation de la société. Ou sur la possibilité de passer d’alternatives locales enthousiasmantes à un bouleversement en profondeur de la société. Ou sur l’articulation entre les actions de la base et les changements institutionnels et législatifs. Ou encore sur l’excès d’optimisme alors que les pouvoirs politiques sont de plus en plus répressifs et que les sources d’espérance se tarissent au niveau mondial.

Un mot pour finir. Même le format 25x14 et le côté satiné de la couverture nous régalent. C’est dire.
José Rose

Blanche Sabbah, La bataille culturelle, Casterman, 2025, 12 euros, préface de Cyril Dion.


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